AOÛT 2016

LES RUBRIQUES CE MOIS-CI

  • APPROFONDISSEZ VOS CONNAISSANCES : LES NEGATIONS MULTIPLES
  • ACTUALITES DE L'INSTITUT : COURS DE SEPTEMBRE
  • LES VISAGES DE L’INSTITUT FRANÇAIS : CHANGEMENT DU DIRECTEUR DES COURS ET CERTIFICATIONS
  • CULTURE FRANCAISE POUR LES CONNAISSEURS : LA PROVINCE DU BERRY (II)
  • CORRECTION DU BULLETIN PRECEDENT

APPROFONDISSEZ VOS CONNAISSANCES : LES NEGATIONS MULTIPLES

Les négations françaises paraissent souvent complexes aux élèves mais pourtant elles suivent une logique simple : l’élément négatif est ne ; la seconde partie de la « double négation » n’est pas une négation.

Par exemple, lorsqu’on dit  Je ne mange rien, rien est l’équivalent du russe что-нибудь ou de l’anglais anything, ne est l’équivalent du russe не et de l’anglais do not : I do not eat anything, littéralement en russe Я не ем что-нибудь. Encore au début du XXe siècle, on pouvait dire : S’il y a rien qui te plaise ici, prends-le (Если тебе что-нибудь нравится здесь возми его ou If you like anything here, take it). Un autre  exemple : à l’origine jamais ne signifie pas никогда ou never mais когда-нибудь ou ever comme dans la phrase Si jamais tu as du temps libre, viens avec nous (Если тебе когда-нибудь свобоное время сходи с нами ou If you ever find time, come with us).

"Jamais le dimanche" (Ποτέ την Κυριακή - 1960), succès international de Jules Dassin et Mélina Mercouri

Le problème est qu’une très bizarre évolution historique récente du français a déplacé la signification négative de ne vers le deuxième mot de la négation. Un exemple : dans le dialogue « Qu’est-ce que tu as mangé ? Rien ! » le mot rien a clairement pris la signification négative. Et comme vous le savez, dans le langage familier les francophones ont même abandonné le ne complètement (on dit J’ai rien mangé au lieu de Je n’ai rien mangé).

Le motif "J'aime rien, j'suis Parisien" crée dans les années 2010 pour moquer l'arrogance des Parisiens

Cela provoque beaucoup de problèmes. Par exemple, quand on dit Je veux plus, on ne sait pas si la personne veut dire qu’elle veut encore ou qu’elle ne veut plus, et c’est pourquoi on a pris l’habitude de prononcer artificiellement le S final de plus quand on veut dire encore. Un autre exemple : comme la signification moderne du mot rien est devenu nothing, pour signifier anything, on est on obligé d’utiliser quelque chose (dont la signification originale est plutôt что-то ou кое-что) : ainsi l’ancienne phrase S’il y a rien qui te plaise ici, prends-le (Если тебе что-нибудь нравится здесь возми его ou If you like anything here, take it) est aujourd’hui remplacé par S’il y a quelque chose qui te plaît ici, prends-le.

Une des maximes de la chimie, publiée en 1777 par Antoine Lavoisier

Aujourd’hui nous n’allons pas entrer dans les détails de toutes ces difficultés mais uniquement vous expliquer comment employer plusieurs négations en même temps, comme dans la phrase (surchargée de négations mais possible) Personne dans l’entreprise n’a plus jamais osé se plaindre de rien du tout après la crise de colère du patron.  La règle est simple : souvenez-vous que seul ne est vraiment négatif, les autres mots sont positifs. Essayez de traduire les phrases russes suivantes en français (réponse au bulletin suivant).

  • Я никогда не нахожу ничего интересного на этом рынке, поэту я на него больше не хожу.
  • Никому не нравится ничего из того, что я готовлю.
  • С тех пор как я отказалась ему помочь, он мне не сказал ни слова.
  • Никто из моих друзей ни разу не пришел меня навестить с тех пор, как я больше не живу в Москве.
  • Господин инспектор, вопреки тому, что Вы говорите, никто не мог меня видеть на месте и в час преступления, так как в тот момент я находился в больнице на операции.

 

ACTUALITES DE L'INSTITUT : COURS DE SEPTEMBRE

Chers amis, les vacances seront bientôt finies ; il est temps de retourner à l'école : nos cours de septembre vous attendent ! Les cours démarrent le lundi 12 septembre 2016. Les insciptions seront possibles du mardi 23 août au mercredi 7 septembre.

Nos grands classiques :

A très bientôt.

LES VISAGES DE L’INSTITUT FRANÇAIS : CHANGEMENT DU DIRECTEUR DES COURS ET CERTIFICATIONS

Trois ans, cela passe vite ! Arrivé en septembre 2013, Mickaël Pavy, quitte son poste ce mois-ci ; le nouveau directeur, Gaël Crépieux, prendra sa suite en septembre. Lorsque vous lirez ce bulletin, Mickaël Pavy aura déjà quitté son poste. Petite interview avant de quitter Moscou.

Quelles sont vos relations avec la Russie?

Je ne connaissais rien à la Russie quand le Ministère des Affaires étrangères m'a proposé ce poste (j'avais posé ma candidature pour des postes en Inde et en Grèce). J'ai accepté le poste pour son intérêt professionnel. Quand je suis arrivé ici en septembre 2013, j'étais tout de même un peu inquiet, mais la première remarque que je me suis faite en sortant du métro à Tchisty Proudy et que j'ai regardé les bâtiments autour de la statue de Griboïedov, c'était "Mais nous sommes tout simplement en Europe!" Et finalement cela a été le thème principal des 3 années que j'ai passées ici : j'ai tout simplement découvert une partie de la culture européenne. Cela me donne maintenant envie d'augmenter ma culture européenne dans d'autres directions que je connais mal (l'Irlande et la Roumanie par exemple). J'ai pu apprendre la langue russe (pas au niveau que j'espérais hélas, car j'ai eu très peu de temps libre ici) et constater comme les langues slaves suivent méthodiquement le modèle linguistique indo-européen. Je trouve d'ailleurs que c'est un défaut inqualifiable de notre système éducatif que les enfants européens ne reçoivent pas une initation au proto-indo-européen : après cela nous pourrions tous apprendre facilement presque toutes les langues de l'Europe !

Lors d'une "leçon ouverte" au parc Muzéon (été 2014)

A Moscou, j'ai naturellement été frappé par l'ancienneté de la ville, dont témoignent les merveilleuses églises comme Храм Всех Святых на Кулишках, Храм Вознесения Господня на Никитской, Храм святителя Григория епископа Неокесарийского, Храм мученика Иоанна Воина, Храм Спаса Нерукотворного Образа dans le monastère saint Andronic, Храм Николая Чудотворца в Хамовниках, Храм Николая Чудотворца в Клённиках, Храм Успения Пресвятой Богородицы в Гончарах, Храм Успения Пресвятой Богородицы в Путинках, Храм мученика Трифона в Напрудном, Храм апостола Иоанна Богослова на Бронной, Храм Черниговских Михаила и Феодора ou Храм священномученика Никиты на Швивой горке (Moscou a vraiment un des plus grands patrimoines religieux du monde, ce qui m'a permis de connaître mieux l'orthodoxie _ encore une partie du patrimoine culturel européen!), les oulitsas et les péréouloks merveilleux que l'on trouve entre la Myasnitskaya et la Yaouza, les noms des vieilles rues (Existe-t-il dans ce monde un nom de rue plus joli que "старосадский переулок"?), les collections des musées. Je me suis beaucoup promené ! Et pas seulement à Moscou : j'ai vu Vladimir, Saint-Pétersbourg, Rostov-le-grand, Novgorod-le-grand et je suis aussi allé deux fois en Arménie.

Quel a été votre travail à l'Institut français?

Ca n'a pas été que mon travail mais celui de toute l'équipe que nous avons ici, tous mes collègues, que je veux remercier. Essentiellement, depuis 2013, nous avons conçu une gamme de cours plus variée et mieux adaptée aux demandes des personnes intéressées par le français, ce qui a demandé un grand travail de réflexion et d'harmonisation entre les différents cours et les dates des sessions. Naturellement un pan important de notre travail a été le suivi de la qualité pédagogique : beaucoup de formations sont organisées pour nos enseignants selon un plan de formation annuel qui a suivi un audit. Nous avons aussi essayé d'informer beaucoup mieux le public avant qu'il s'inscrive, notamment sur notre site web et dans les entretiens pédagogiques préalables à l'inscription. Nous avons aussi essayé d'apporter à nos élèves plus que juste des cours : ce bulletin d'information par exemple, un ciné-club gratuit, une fête des élèves chaque année, des invitations aux manifestations culturelles de temps en temps. Mais tout n'a pas été possible car notre équipe administrative est minuscule (2,5 pleins temps pour plus de 2 000 élèves) et je le regrette, en particulier dans le domaine de l'accueil du public : nous sommes simplement submergés par le nombre des sollicitations. Je regrette aussi de n'avoir pas pu lancer nos cours de français professionnel, essentiellement pour des raisons administratives, mais j'ai espoir que cela soit possible après mon départ car beaucoup de matériel est déjà prêt, et nous savons que le public a de l'intérêt pour ces cours. Je dois aussi faire une mention aux certifications internationales de langue française, le DELF-DALF et le TCF notamment, qui sont toujours aussi populaire. Notre service organise aussi les concours d'entrée aux écoles françaises (information ICI) afin d'éviter aux étudiants candidatant à des universités françaises de se déplacer en France pour les concours d'entrée.

De gauche à droite : Jim, Evgéni, Valéri, Elena, Alice, Anastasia (enseignants), Lysiane (Coordinatrice des cours), Mickaël

Quelle est la suite, pour vous?

D'abord je veux remercier tous les élèves que j'ai rencontrés à l'Institut. Mon idéal est de connaître tous les élèves par leur prénom, mais comme vous vous en doutez, ce n'est pas tout à fait possible ici à l'Institut français de Moscou. Mais toutes les personnes avec qui j'ai pu discuter un moment, qui sont heureuses d'apprendre le français et qui prennent la peine de nous le dire, je voudrais les remercier maintenant. Car l'Institut n'a qu'un seul but : rendre le français populaire. Je suis aussi enchanté que mon successeur soit une personne aussi sympathique et expérimentée que Gaël Crépieux : je pense que sa présence sera un plaisir pour tout le monde. En ce qui me concerne, pour le moment, je n'ai qu'un objectif : me reposer ! Ensuite je me mettrai à la recherche d'un nouveau poste à Berlin dans un domaine un peu différent. Je pense que je reviendrai en Russie l'année prochaine pour faire du tourisme et dire bonjour à mes amis et anciens collègues.

CULTURE FRANCAISE POUR LES CONNAISSEURS : LA PROVINCE DU BERRY (II)

Nous continuons notre découverte de la province du Berry (1ère partie : bulletin de juillet 2016) par un thème spécialement agréable : la gastronomie.

FROMAGES, VINS, FRUITS, TARTES...

Le Berry est le paradis est le paradis du fromage de chèvre; une tradition qui semble être née au XVIIe siècle et s'être fortement développée au XIXe siècle, lorsque suite à une attaque massive de phyloxéra les vignerons berrichons décidèrent de remployer leurs anciens vignobles pour l'élevage des chèvres. La visite des chèvreries (sur internet on en trouve des dizaines ouvertes aux visiteurs) est d'ailleurs un des agréments touristiques du Berry : on apprend à traire les bêtes et à fabriquer du fromage soi-même. La star des fromages berrichons, c'est le crottin de Chavignol, le fromage préféré des bobos parisiens. Cette petite boule d'une 40aine de grammes originaire d'un village près de Sancerre peut en effet se consommer à tous les stades de sa maturation et délivre des arômes étonnant variés. Les gourmets se plaisent à l'associer à différents vins, pains, fruits, confitures ou charcuteries. Le crottin est aujourd'hui produit dans plus de 200 communes de la région!... La seconde star, c'est la pyramide de Valençais : selon la légende, ce fromage "pâte molle" aux arômes de fruits secs que l'on recouvre parfois de cendres, aurait eu autrefois une forme effectivement pyramidale mais Talleyrand aurait demandé aux chevriers du pays de modifier légèrement cette forme pour éviter qu'elle rappelle à Napoléon ses déboires en Egypte quelques années plus tôt.!... Et enfin la médaille de bronze des fromages berrichons appartient au Pouligny-Saint-Pierre, que caractérise une petite acidité et une délicate odeur de paille. Il est produit surtout dans les zones humides (vallée des rivières Creuse et Anglin et marais de la Brenne) du Berry.

Le crottin de Chavignol à différents stades de maturation Le Valençay dans sa version cendrée Le Pouligny-Saint-Pierre

 

Du côté des vins, la grande vedette, c'est le Sancerre, dont le vignoble s'étend sur près de 3 000 hectares. La version "blanc" est fruitée et florale, plein" de fraîcheur, tandis que le rouge (issu de pinot noir) fait penser à la cerise. Pour ceux qui aiment les blancs épicés (arômes de poivre, menthol, musc...), le Ménétou-Salon issu de Sauvignon blanc est le meilleur choix ! Il faut également faire une mention spéciale pour les vins de Valencay : ce vin est l'incarnation du concept de vin "frais en bouche" (en passant, on doit aussi dire quelques mots sur le château de Valencay : ce château n'est pas comme les autres, c'est le plus spectaculaire château du Berry, et pour cause : c'est la demeure familiale de Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, un des plus étonnants personnages de l'Histoire française)... Mais parler de vin sans en boire est un peu absurde! C'est pourquoi n'hésitez pas : engagez-vous sur la "Route des vignobles en Coeur de France", un itinéraire de 170 km créé par les offices de tourisme locaux qui permet de sillonner les 7 vignobles de la région "Centre-Loire".
 

Les 7 vignobles du Berry : Sancerre, Menetou-Salon, Quincy, Reuilly, Châteaumeillant, Côteaux du Giennois et Valencay

 

Dans le domaine des plats cuisinés, le Berry est célèbre pour ses mille variations du pâté de pommes de terre (une tourte que l'on retrouve aussi en Auvergne et dans le Bourbonnais) et pour son citrouillat (également une tourte, au potiron cette fois-ci). Quand aux oeils "en couille d'âne" (pardonnez-nous de ne pas traduire en russe, c'est embarrassant :-) ) il s'agit d'une délicieuse recette d'oeufs pochés dans une sauce au vin et aux échalotes.

 

Pâté de pommes de terre à la crème fraîche Citrouillat Oeufs en couille d'âne

 

Dans le domaine des sucreries, le Berry peut vous offrir le poirat (encore une tourte, cette fois-ci aux poires, que l'on recouvre souvent de crème fraîche - information ICI), les échaudés de la Brenne (un délicieux biscuit triangulaire craquant qu'on connaît déjà depuis le XIIIe siècle - information ICI), le gouéron (une sorte de crêpe aux pommes), les forestines (un bonbon fourré créé au XIXe siècle et que l'on continue à vendre dans le même magasin art déco à Bourges depuis 1884 (site web de la confiserie ICI).

Pour les amateurs de biodiversité, le Berry réserve aussi des surprises dans le domaine culinaire : en effet, cette région a conservé quelques fruits et légumes anciens que l'on ne trouve qu'ici : la poire "curé", la lentille verte du Berry, la courge sucrine, la cerise "Muant" par exemple. Et il ne faut pas oublier que bien avant le Périgord, le Berry était la plus grande région productrice de truffes au XIXe siècle, une tradition un peu évanouie que l'on est en train de ranimer. Il n'y a d'ailleurs pas que dans le domaine végétal que le Berry est un conservatoire des espèces : beaucoup d'espèces ont trouvé refuge dans la grande réserve naturelle de la Brenne, et différentes espèces d'aimaux d'élèvage sont spécifiques au Berry, la plus célèbre étant l'âne Grand noir du Berry.

 

LE SYMBOLE MEME DU "CHÂTEAU DE PROVINCE"

A l'exception des merveilles princières de Meillant et de Valençay, les châteaux du Berry sont typiques d'une seigneurie locale à demi paysanne : ce sont des châteaux de petite taille, qui ont conservé leurs fortifications gothiques, et souvent leurs douves, et ont été embellis au XVIe siècle par quelques décorations italianisantes. Ils sont construits dans une belle pierre locale ou couverts d'enduit rougeâtre typique de la région. A part le château de Lys-Saint-George, où le roi Louis XII enferma un temps une des vedettes de l'histoire mondiale, le duc de Milan Ludovico Sforza il Moro, ces châteaux ont abrité uniquement une vie de famille. En les visitant, on éprouve un sentiment d'intimité avec une province qui avait sa vie bien à elle et ne se souciait pas forcément des capitales et des rois.

Valencay Sarzay Sagonne