La dictée de la francophonie à Kazan

Le 31 mars dernier, pour la première fois mais certainement pas la dernière, l'Université nationale de recherche et de technologie de Kazan et l'Alliance française de Kazan ont conjointement organisé la célèbre dictée de la francophonie.

Plus de cinquante étudiants de l'université fédérale de Kazan, de l'Université technique (KAI) et de l'Université technologique ont répondu présent. Les deux dictées, pour les linguistes et les non-linguistes, étaient extraites du mélancolique roman autobiographique La princesse et le pêcheur de Minh Tran Huy.

A l'issue de la dictée, pendant que les professeurs corrigeaient les copies, les étudiants ont pu tester leurs connaissances sur la francophonie grâce au « Quizz de la francophonie ».

Tous les participants ont reçu un certificat pour leur participation et les lauréats, des cadeaux de l'Alliance française et de l'Institut français de Russie.

Bravo à tous ! Et à l'année prochaine !

Les lauréats de la dictée sont :

non-linguistes :

  • Leyssan Garifullina (Université nationale de recherche technique)
  • Adel Vafina (Université nationale de recherche et de technologie de Kazan)
  • Svétlana Abramova (Université nationale de recherche et de technologie de Kazan)
  • Karina Khassanova (Université fédérale de Kazan)

 

linguistes :

  • Sofia Galanina (Université fédérale de Kazan)
  • Elina Sakhratova (Université fédérale de Kazan)
  • Yulia Smakhtina (Université fédérale de Kazan)
  • Lilia Pleskatch (Université fédérale de Kazan)

 

Lien vers l'article sur le site de l'université : http://www.kstu.ru/event.jsp?id=83397

 

Les textes de la dictée :

Non-linguistes :

Ainsi quand je me promène, l'été, en bord de Seine, je ne vois pas vraiment le fleuve pollué, les touristes armés de casquettes et d'appareils jetables, les flancs baveux des bateaux-mouches. Ils s'effacent devant l'image d'un ferry sillonnant les flots froids, d'un bleu presque noir, de la Manche. Un ferry blanc, immense, étincelant. Sur le pont, des grappes de jeunes gens sac au dos et, parmi eux, deux adolescents d'origine asiatique qui discutent accoudés au bastingage, sourcils froncés sous le soleil. Leur sourire n'en est pas moins joyeux, leurs gestes animés, leurs visages frais, bronzés, vivifiés par les embruns et le vent qui gonfle leurs cheveux. Ils ont l'air d'être frère et soeur. Elle est dotée d'un joli minois, mais ne s'en doute pas le moins du monde : ses manières sont gauches, son attitude timide, presque effrayée, et sa coiffure et ses vêtements montrent une totale absence de goût. Au contraire, la beauté du garçon est évidente, sereine. Son regard semble glisser sur les gens et son corps flexible comme un bambou laisse deviner, derrière sa minceur, une force ramassée.

linguistes :

Quand j'étais petite, le monde était merveilleusement rassurant : je m'imaginais en Cendrillon ou en Peau d'âne, et tenais pour acquis le triomphe des bons sur les méchants, la renaissance des orphelines en princesses et la métamorphose des vilains petits canards en cygnes gracieux. On pouvait souffrir de la pauvreté et des mauvais traitements d'une belle-mère, mais un peu d'esprit, de la vertu et quelques fées sauvaient toujours la situation. Il suffisait de se méfier des loups, de remercier nains et chasseurs, de regarder au-delà de bestiales apparences pour découvrir un Prince déguisé, et le tour était joué.

Plus tard, il s'avéra qu'« il était une fois... » et « ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants » n'étaient que des formules que l'on prononçait pour mettre, un bref instant, le monde entre parenthèses. Pourtant j'ai continué de me fier à l'ordre qui régissait les fictions. En cette matière, même quand l'affaire se compliquait, il était toujours possible de découvrir une trame, un semblant de système qui donnait sens à une suite de mots ou d'images : effets d'écho et de symétrie, métaphores, symboles, correspondances... Je pensais que ma vie obéissait elle aussi à une logique mystérieuse, encore invisible, mais qui un jour m'apparaîtrait. Et j'étais certaine que me nourrir d'histoires me mettait sur la voie, que je développais mes capacités à comprendre la marche des choses, à saisir leur harmonie cachée. Je voyais dans les fictions autant de fils d'Ariane qui me permettraient de sortir, un jour, des méandres du réel.

Et puis j'ai grandi, encore. L'art a cessé d'être une clef qui décode la signification des événements pour devenir un idéal vers lequel tendre, et qui de ce fait même demeure inaccessible. Vivre, c'est se lancer dans un solo tout en apprenant à chanter ; tenir le rôle principal d'une pièce un soir de première sans avoir jamais répété ; rédiger une histoire d'une traite, sans possibilité de retour en arrière. Il n'y a pas de deuxième prise. On progresse au petit bonheur la chance, ralentit quand on devrait accélérer, s'invente des obstacles inutiles, bifurque sur un coup de tête, en n'ayant aucune idée de sa destination. L'existence est un récit que l'on dévide au fil de la plume, et où personne ne se préoccupe des répétitions, des blancs et des incohérences. Il n'y a que dans les romans qu'on peut corriger, réviser, reprendre ; la plupart des vies sont bancales, gouvernées par un hasard sans rime.

(photos : service de presse de l'Université nationale de recherche et de technologie de Kazan)