Dossier climat (11) : le déluge, un mythe ?

Dans les discussions sur le changement climatique, deux mythes bibliques reviennent sans cesse, celui du Déluge, et celui de l'Apocalypse. Le Déluge est situé au commencement des temps : un couple survivant est sommé de reconstruire le monde après son engloutissement sous les eaux. L'Apocalypse, au contraire, est la fin du monde. Il n'y a plus, après, de vie sur terre. Nous vous proposons dans ce dossier, de découvrir deux interprétations esthétiques du Déluge, qui nous permettent de prendre du recul par rapport à lasituation contemporaine.

 

Nicolas Poussin, L'hiver ou le Déluge, 1660-1664

 

Nicolas Poussin choisit de représenter, non tant l'arche de Noé, qu'on voit à peine, au fond de la toile, mais les hommes destinés à périr engloutis. ils ignorent le destin qui le smenace : la montée de seaux, illimitée, engloutira toute espèce de vie. Sur la droite, une mère tend à son époux leur enfant, espérant encore le sauver.

Pour analyser cette toile, nous vous suggérons l'utilisation de la fiche pédagogique préparée par le CRDP de Lille.

 

Michel Tournier, Vendredi ou les limbes du Pacifique (1967)

 

Les films et romans de sciences-fiction connaissent un sous-genre, qu'on appelle "post-apocalyptique" : il s'agit de décrire le monde après une catastrophe ayant détruit la civilisation : guerre nucléaire (Robert Merle, Malevil, 1972) ou Pierre Bordage, Les derniers hommes, 1999-2000), collision avec un météorite, guerre chimique, épidémie, catastrophe énergétique (René Barjavel, Ravage, 1943) dégénerescence de l'espèce humaine (Pierre Boulle, La Planète des singes, 1963)... Ces dernières années, on voit se multiplier films et romans mettant en scène un univers ravagé par un désastre écologique, climatique ou une crise énergétique : le changment climatique sert ici de point de départ à la fiction.

On peut considérer que Robinson Crusoë de Daniel Defoe (1719) constitue l'ancêtre de ce genre, ou tout au moins de la variante qui consiste à mettre l'accent sur a reconstruction d'une société nouvelle après le désastre. En 1967, Michel Tournier poursuit l'oeuvre de Defoe dans Vendredi ou Les Limbes du Pacifique.

Le passage que nous avons sélectionné se situe au début du roman. Dans ce passage, Tournier multiplie les allusions à la Bible. On relève ainsi "déluge", "déréliction", "Apocalypse", "Providence", "premier homme" "Arblre de la Connaissance", "arc-en-ciel". Cherchez le sens de chacune de ces allusions.

L'expérience de la nudité renvoie le héros aux tout débuts de l'humanité : elle lui révèle son animalité, mais aussi la scission profonde qui le sépare de la nature. Lui qui était naguère peu croyant, lisait peu la Bible, se prend alors à prier. Le rapport le plus anodin à sa nature physique met Robinson sur la voie de la métaphysique.

Comment comprenez-vous le sens de l'expérience faite ici par Robinson ? En quoi éclaire-t-elle les paradoxes devant lesquels se trouve l'humanité aujourd'hui ?

Prolongements : lisez-vous de la littérature post-apocalyptique française ? russe ? Avez-vous vu des films appartenant à ce genre ? Présentez un roman ou un film que vous avez lu ou vu et expliquez le positionnement de l'auteur par rapport à la capacité de l'espèce huamine à survivre et se reconstruire après une catastrophe. Vous pourrez par exemple présenter les films Solaris (1972) et Stalker (1979) d'Andreï Tarkovski, qui interroge le rapport de l'homme à la nature, sur le splans physique et métaphysique.