Dossier climat (3) : les "catastrophes" naturelles, une affaire politique ?

Dans l'ordre naturel, il ne saurait y avoir de "catastrophes" : il n'y a que des événements. Si certains d'entre eux deviennent des catastrophes, c'est du point de vue de l'homme. Ce dossier se propose d'amener les apprenants à réfléchir à la dimension politique des catastrophes liées à des événements naturels.

 

Mise en route

 

Certains tableaux sont si célèbres, ils appartiennent à tel point à une culture donnée, que nous finissons par ne plus savoir les regarder.

En guise de mise en route, nous vous proposons de présenter aux apprenants cette vignette de l'album Astérix légionnaire de Goscinny et Uderzo (1966-1967).

 

Cette vignette est une double citation :

  • citation d'une image, d'abord, puisque les dessinateurs reprennent un très célèbre tableau de Géricault, que vos apprenants connaissent sûrement, et qui figurent même dans les manuels russes de français !
  • citation d'un texte, ensuite, puisque la réplique du personnage, contenue dans la bulle, "je suis médusé", qui signifie "je suis très étonné" n'a de sens que rapportée au titre du tableau de Géricault, Le Radeau de la Méduse.

Cette double citation révèle que certaines oeuvres du patrimoine culturel deviennent des éléments constituants de l'imaginaire collectif attaché à une culture nationale. Elle révèle également que ces mêmes oeuvres, détachées de leur contexte, deviennent pour les spectateurs de familiers étrangers, à la fois connus comme images et inconnus comme oeuvres.

Cette leçon se propose de réinterroger, avec un regard neuf, le tableau de Delacroix.

 

Analyse du tableau de Géricault

 

Projetez le tableau dans la classe.

1. La date. Le tableau a été réalisé en 1819. Quel est le contexte historique ?

En 1789, la Révolution française a mis fin à la monarchie absolue, c'est-à-dire à un régime politique dans lequel le roi avait tous les pouvoirs. Pourtant, après la défaite de Napoléon Ier et le traité de Vienne de 1815, qui instaure un nouvel ordre en Europe, les grands souverains européens aident Louis XVIII, le frère du dernier roi de France, Louis XVI, à qui les révolutionnaires ont pourtant coupé la tête, à revenir sur le trône. On parle de "Restauration", car Louis XVIII tente de restaurer la monarchie absolue. Pourtant, la société a changé. Les jeunes, qui ont moins de 25 ans en 1815, sont nés pendant la Révolution, que leurs pères ont faite. Un véritable débat politique a lieu en France, qui oppose les monarchistes conservateurs, partisans de la monarchie absolue, à l'opposition des progressistes libéraux, défenseurs d'un régime constitutionnel. Ce débat va mener, en 1830, à une nouvelle révolution.

Vocabulaire : monarchie absolue, roi, pouvoir, régime politique, révolution, révolutionnaire, restauration, débat politique, conservateur/ royaliste/progressiste, constitution, régime constitutionnel, liberté/libéral/libéralisme, opposition.

 

2. La scène. Le tableau représente un événement historique qui se passe en 1816. Lequel, selon vous ?

Après avoir écouté les hypothèses des élèves, on leur donne à lire le paragraphe intitulé "contexte" de Malika DORBANI-BOUABDELLAH, sur le site http://www.histoire-image.org.

3. Le travail du peintre.

Regardez l'animation et utilisez la fiche précédente pour sa compréhension. Celle-ci doit être facilitée par l'animation, qui reprend le commentaire et guidant le regard du specateur. Le texte lu par le commentateur figure à côté intégralement sous le titre "analyse de l'image", c'est pourquoi nous n'en donnons pas de trascription.

4. Interprétation.

On pourra s'interroger avec les élèves sur le sens politique du tableau de Delacroix, en réexploitant le vocabulaire de l'encadré ci-dessus. On insistera totuefois sur le fait que l'oeuvre d'art se donne à lire sans son commentaire, et même sans son contexte. Delacroix a choisi de représenter le courage des marins et la puissance de ce qui nous fait rechercher, encore et toujours, notre propre conservation.

 

Prolongements

 

1. L'artiste est-il un témoin ?

On poura prolonger l'étude de ce tableau par l'analyse du second volet de notre dossier climat, consacré aux réfugiés climatiques, à partir de la bande-annonce du specatcle de Rachid Ouramdane intitulé Sfumato.

2. Pourrait-on éviter que les "événements" naturels ne deviennent des "catastrophes" ?

Le sujet du tableau de Géricault n'est pas un événement naturel, mais bien une catastrophe humaine, liée à l'incompétence du commandant. Peut-on encore parler de responsabilité humaine face à un tremblement de terre ou un cyclone ? Après le tremblement de terre qui dévaste Lisbonne en 1755, Voltaire écrit un long poème pour démontrer l'absence de Providence divine : lors des catastrophes naturelles, les bons meurent aussi bien que les méchants. Rousseau lui répond en ces termes "Je ne vois pas qu’on puisse chercher la source du mal moral ailleurs que dans l’homme libre, perfectionné, partant corrompu ; et, quant aux maux physiques, ils sont inévitables dans tout système dont l’homme fait partie ; la plupart de nos maux physiques sont encore notre ouvrage. Sans quitter votre sujet de Lisbonne, convenez, par exemple, que la nature n’avait point rassemblé là vingt mille maisons de six à sept étages, et que si les habitants de cette grande ville eussent été dispersés plus également, et plus légèrement logés, le dégât eût été beaucoup moindre, et peut-être nul. Combien de malheureux ont péri dans ce désastre, pour vouloir prendre l’un ses habits, l’autre ses papiers, l’autre son argent ?"

Discutez ce point de vue.

3. Dialogue des cultures.

Dans le Cavalier d'airain, Pouchkine met en scène un événement climatique bien réel, la crue de 1824, qui dévasta Saint-Pétersbourg. Or le poème semble accuser non pas la nature, mais bien Pierre, le "cavalier d'airain", qui poursuit Eugène et le rend fou.

Expliquez à un ami français le sens de ce poème, en l'informant sur le contexte de la création et de la construction de Saint-Pétersbourg.

 

Cette fiche a été réalisée dans le cadre du concours Enseignants de demain et du parcours 4 de l'école d'été de l'Institut français de Russie (Kazan 2015).