éducation interculturelle et classe de FLE

Dans le cadre de la seconde école d'été de l'Institut français de Russie, 20 enseignants ont pris part à un parcours pédagogique animé par Yulia Glukhova (Université pédagogique d'Etat de Saint-Pétersbourg Herzen / Institut français de Russie) et Virginie Tellier (Institut français de Russie) autour des dimensions culturelles de l'enseignement-apprentissage du français en Russie.

 

enseignement de la culture et démarche interculturelle

 

Un premier axe de travail à consister à réfléchir à la notion même de culture. Plusieurs définitions, plusieurs modèles ont été présentés. Les discussions ont permis de faire émerger trois dimensions fondamentales de la notion de culture :

  • La distinction entre culture savante (culture cultivée) et culture anthropologique doit être relativisée : la métaphore de l'iceberg révèle que les productions artistiques constituent la partie émergée d'un tout plus vaste, qu'elles expriment et mettent en question.
  • La distinction entre nature et culture n'est guère plus efficace : toute culture suppose une nature à cultiver, et notre représentation de la nature (les paysages, mais aussi notre propre corps) est informée par notre culture. Ainsi Luba Jurgenson affirme-t-elle ne pas avoir le même corps, en russe et en français : rouka n'est ni tout à fait main, ni tout à fait bras...
  • En revanche, nous avons souvent mesuré la pertinence de la distinction faite entre notre propre culture (maternelle), qui nous est intérieure et définit notre propre système de valeurs, et la culture étrangère, que nous observons de l'extérieur, sur laquelle nous avons des savoirs et qu'il nous est plus facile de mettre à distance et d'interroger.

Accéder à l'activité sur l'extrait de Luba Jurgenson.

A plusieurs reprises, le lien entre langue et culture a été abordé. La langue est une composante essentielle de la culture, elle en est aussi le véhicule, le moyen de transmission.L'hypothèse de Sapir-Whorf va plus loin, et prétend que la façon dont on perçoit le monde dépend du langage dont on dispose pour le dire. Partant, à chaque langue correspond une représentation du monde. C'est aussi ce qu'affirme Fouad Laroui, en reprenant cette métaphore : chaque langue est un filet qu'on jette à la mer, mais dont les mailles sont différentes : chacune ramène ainsi des poissons différents... Apprendre une langue étrangère, c'est changer de régime.

Accéder à l'activité sur l'intervention de Fouad Laroui. N.B. : on pourra retrouver ici la vidéo support.

Quels sont alors les objectifs de l'enseignement de la culture en classe de langue ? le groupe a formulé les propositions suivantes :

  • un objectif communicationnel : il s'agit de donner aux apprenants les moyens de comprendre les énoncés en langue-cible, d'accéder au sens en apprenant progressivement à mesurer les implicites, le jeu des références culturelles qui fonctionnent au sein d'un groupe. L'étude de publicités est ici révélatrice : le message linguistique, combiné à l'image, produit un sens qui n'est compréhensible qu'en fonction de références culturelles.
  • un objectif pragmatique : il s'agit de préparer les apprenants à la rencontre d'autrui, à la mobilité, de leur permettre de s'insérer harmonieusement dans le(s) pays où on parle la langue-cible.
  • un objectif humaniste : loin de toute prétention encyclopédique, il s'agit ici de permettre aux apprenants de réfléchir à leurs propres postures culturelles, de s'ouvrir à l'autre, de créer un dialogue entre la culture maternelle et la culture étrangère, afin d'enrichir leurs représentations et leurs réflexions.

Accéder à la présentation sur la notion de culture.

Accéder à la présentation sur la démarche interculturelle.

Accéder à la présentation sur la place de la culture dans le cours de FLE, à l'appui du développement des compétences communicatives des apprenants.

 

Culture et identité : réfléchir à sa posture d'enseignant

 

Le titre d'un manuel de communication interculturelle, Miroirs et fenêtres, a retenu l'attention des stagiaires, frappés de prendre conscience qu'il leur était nécessaire de regarder leur propre culture dans un miroir, autrement dit de l'extérioriser, de l'objectiver, avant de prétendre ouvrir des fenêtre sur la ou les culture(s) cible(s).

Plusieurs activités ont été proposées, pour réfléchir au croisement complexe de nos propres représentations culturelles. Une activité autour d'une chanson de Jean Ferrat, "Ma France", a permis de mesurer que les représentations que nous associons à notre identité nationale construisent un réseau de significations, qui peut différer d'un individu à l'autre.

Accéder à l'activité sur la chanson de Jean Ferrat.

Tout au long du parcours, les stagiaires ont été amenés à rencontrer des individus aux identités plurielles, Amin Maalouf, Fouad Laroui ou Luba Jurgenson, chacun apportant son regard sur sa/ses culture(s) et nourrissant ainsi la réflexion du groupe sur la langue française. Amin Maalouf affirme que la violence sociale naît souvent du fait qu'on force les individus à choisir entre leurs appartenances culturelles, à limiter leur identité à l'une d'entre elles, en niant les autres.

Accéder au texte d'Amin Maalouf.

L'enseignant apparaît alors comme un médiateur, ce qui ne signifie pas qu'il est neutre par rapport à sa culture ou à celle qu'il enseigne : la prétendue objectivité de l'enseignant est une illusion qui peut être dangereuse. Elle revient à nier que l'enseignant est lui aussi un être de culture, qui s'est constitué son propre système de valeurs. Un effort important du groupe a alors été de réfléchir au juste équilibre qu'il convient de trouver pour ouvrir les élèves à l'altérité, leur apprendre à respecter les autres cultures, sans renier pour autant sa propre identité culturelle.

Un travail autour des stéréotypes a soulevé un certain nombre de questions : pourquoi avons-nous des stéréotypes ? faut-il les détruire, ou ont-ils une validité cognitive ? quel usage pouvons-nous en avoir en classe de langue ?

Accéder à la présentation sur les stéréotypes. N.B. : retrouvez la vidéo "c'est quoi les stéréotypes" sur le site unjouruneactu.

 

Culture, histoire, mémoire

 

La culture peut être envisagée comme la mémoire collective qu'une société transmet, de génération en génération, et qui forme son système de prescriptions et d'interdits. La réaction très vive du groupe de stagiaires, lorsqu'il a été question de la seconde guerre mondiale, a permis de mesurer l'importance de cet événement dans la mémoire collective des Russes aujourd'hui : la mémoire est dynamique ; toute représentation d'un événement donne un sens à cet événement, qui, en lui-même, n'en a pas. Une activité menée autour de la périodisation, en histoire, a permis aux stagiaires de prendre conscience que choisir les dates qui délimitent les périodes relève déjà d'une lecture des événements, orientée par un point de vue. Là encore, des valeurs sont attachées à ces choix : ainsi la Russie a-t-elle pu se juger, à plusieurs périodes de son histoire, en "retard" par rapport à l'Europe occidentale. Les dates de 476 et 1492, qui délimitent le Moyen Âge de l'Europe Occidentale, n'ont guère de pertinence pour décrire l'histoire de la Russie, mais peuvent contribuer à construire la représentation d'un Moyen Âge décalé, de 988 à 1613, voire 1703 par exemple.

Une lecture de la mémoire des événements de "mai 68" en France, inscrit dans le temps long, de 1830 à aujourd'hui, a été l'occasion de réfléchir au sens qu'un groupe donne à des événements qui appartiennent à son histoire, en nourrit, déforme, infléchit la mémoire, en fonction des interrogations posées dans le temps présent. L'enseignement de la culture vise ainsi à proposer des détours pour mieux comprendre l'ici et le maintenant, qui ne s'appréhendent qu'à condition de donner au regard de l'apprenant une profondeur de champ suffisante.

Dans cette optique, on ne négligera pas les formes traditionnelles d'enseignement de la culture en classe de FLE, notamment l'histoire, la littérature, le cinéma et les arts. Il ne s'agit plus de délivrer des connaissances selon une approche descriptive, qui considère la culture comme un objet statique à décoder, mais de confronter l'apprenant à la pluralité des sens et des représentations. On choisira ainsi des supports de natures diverses qui mobilisent plusieurs représentations de la même réalité, de manière à mettre le réel en jeu et à aider l'apprenant à élaborer progressivement sa posture d'acteur culturel.

Accéder au dossier documentaire et à la présentation électronique sur mai 68.

 

Quelle pratique de classe ?

 

Les formatrices ont proposé aux stagiaires d'adopter la démarche suivante, conforme à la perspective actionnelle :

  • Choisir un document suffisamment riche pour permettre un questionnement, pour mettre en jeu les valeurs et attitudes, pour interroger non seulement l'objet culturel, mais aussi ses usages et usagers. L'analyse du document apparaît donc comme une étape essentielle avant de bâtir la séquence pédagogique.
  • Définir le public, selon deux critères : le niveau de langue, qui va déterminer les activités à mettre en place ; l'âge, et plus généralement le profil culturel des apprenants, qui vont déterminer l'orientation interculturelle de l'activité proposée.
  • Elaborer une activité d'anticipation : avant la découverte du document, on éveille l'intérêt du groupe, on suscite un questionnement, on crée un besoin auquel le document va venir répondre.
  • Proposer des activités de compréhension, pour permettre aux apprenants d'accéder progressivement au sens du document, à en proposer une lecture fine.
  • Ouvrir sur une ou des activité(s) de production, afin de permettre aux apprenants de s'approprier le questionnement, d'entrer dans une démarche de dialogue, qui leur permette d'utiliser les connaissances et compétences acquises poru affiner leurs propres représentations.

Accéder aux activités réalisées par les stagiaires.